Edition 2019 - Festival du Cinéma & Musique de Film de La Baule

Invité d’honneur

Gabriel Yared (Compositeur, musicien)

A sa manière, Gabriel Yared ressemble à certains dieux hindoux, multiformes. On pourrait presque dire qu’il y a autant de Yared que de films mis en musique par Yared. Cela tient aussi à sa trajectoire personnelle : né à Beyrouth en 1949, il abandonne rapidement ses études de droit pour suivre en auditeur libre les cours d’Henri Dutilleux et Maurice Ohana à l’Ecole Normale de Paris. C’est à Rio qu’il va ensuite séjourner pendant un an et demi, collaborant notamment avec Ivan Lins, ambassadeur de la bossa moderne. A son retour à Paris, en 1973, la chanson le happe : il devient l’un des couturiers vedettes de la variété de l’époque, écrivant les arrangements et dirigeant les séances de Michel Jonasz, Johnny Hallyday, Charles Aznavour, Françoise Hardy. Grâce à l’amitié de Jacques Dutronc, il met en musique Sauve qui peut (la vie) de Jean-Luc Godard et Malevil de Christian de Chalonge, dont les partitions déclenchent la collaboration avec Jean-Jacques
Beineix sur La Lune dans le caniveau.Voilà la carrière cinématographique de Yared lancée. Mais, à vrai dire, c’est comme s’il avait déjà vécu plusieurs vies. A travers le cinéma, il va simplement trouver le moyen de faire la synthèse entre ses différentes cultures. Car tel est le paradoxe de Gabriel Yared : branchez-le sur Alban Berg, il vous parlera de Marvin Gaye ; évoquez Bobby McFerrin, il vous répondra sur L’Enfant et les sortilèges.

En l’espace de quelques années, Gabriel Yared impose sa signature à l’échelle mondiale, en multipliant les collaborations avec Bruno Nuytten (Camille Claudel), Robert Altman (Beyond therapy, Vincent & Theo),
Costa-Gavras (Hanna K.), Etienne Chatiliez (Tatie Danielle), Jean-Jacques Annaud (L’Amant), Jean-Pierre Mocky (Agent trouble), Jean-Paul Rappeneau (Bon voyage), Michel Ocelot (Azur et Asmar, Dilili à Paris) et bien sûr Anthony Minghella (avec quatre partitions dont Le Patient anglais, qui lui vaut un Oscar). «Pendant dix ans, souligne le compositeur, Anthony a été le cinéaste qui a su le mieux puiser au fond de moi des ressources nouvelles. Aucune de nos aventures partagées souffre du syndrome de répétition. C’est une leçon que je garde de lui : briser les habitudes, les automatismes, car se répéter, c’est mourir.» Depuis plusieurs années, Gabriel Yared se régénère auprès d’une nouvelle génération d’auteurs : Florian Henckel von Donnersmarck (La Vie des autres, co-composé avec Stéphane Moucha), Maïwenn (Le Bal des actrices), Jan Kounen (Coco Chanel et Igor Stravinsky), Angelina Jolie (Au pays du sang et du miel), Xavier Dolan (Tom à la ferme, Juste la fin du monde, The Death and life of John F.Donovan), Rupert Everett (The Happy Prince) et bientôt Niklaus Hilber (Paradise war) et Rupert Goold (Judy, le biopic sur Judy Garland). Aujourd’hui, après bientôt quarante ans de mariage avec le cinéma, Gabriel Yared est plus que jamais un compositeur voyageur, ouvert au monde, un créateur d’une sensibilité à fleur de peau, dont plusieurs bandes très originales font déjà partie de la mémoire collective. A l’occasion du sixième Festival du Cinéma et Musique de Film de La Baule, cet hommage sera l’occasion d’évoquer librement son rapport à l’image, avec sa part d’interrogation mais aussi son lot de réussites, de convictions. Une occasion unique d’explorer un maximum de territoires du continent Yared.

Stéphane Lerouge

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